Ne tirez pas sur les dandys !

Publié le par Alexandre Schiffer

Source: Le Nouvel Observateur

Deux cents ans après la naissance de Barbey d'Aurevilly, un essai de Daniel Schiffer intitulé «Philosophie du dandysme» rend hommage à cette révolte par l'élégance

«Le premier devoir de l'existence, c'est d'être aussi artificiel que possible», écrivait Oscar Wilde, prince des esthètes aux dires de Sartre. A ne pas confondre avec une creuse turlupinade à la Guitry. Car c'est bien à une caste hautaine entre toutes, à une aristocratie d'un genre nouveau, que renvoie le mot de dandy, surgit en Angleterre au siècle de Byron. Un essai de Daniel Schiffer, intitulé «Philosophie du dandysme», vient opportunément rappeler les tenants et aboutissants de ce jeu supérieur avec les apparences.

Dans la lignée du séducteur de Kierkegaard, le dandy est un être tragique en quête de situations jugées «intéressantes», seules à même de fournir un dérivatif au vide laissé par la mort de Dieu. Sa soumission aux règles strictes que lui seul fixe, sa capacité à forger ex nihilo son propre mythe et plus encore à se passer de toute approbation en feraient même, aux dires de l'auteur, un frère d'armes acceptable pour le surhomme nietzschéen. Hasard objectif, l'auteur d'«Ainsi parlait Zarathoustra» meurt la même année qu'Oscar Wilde.

Rien de fortuit en tout cas dans la célébration des grands sophistes grecs par l'auteur du «Portrait de Dorian Gray». Aphorismes, paradoxes décapants, ironie secrète, autant de façons de pervertir la logique ordinaire. Sophistiqué, au sens littéral du terme, le dandy ne se connaît pas de meilleur adversaire que la platitude bourgeoise, et cela depuis le narcissique Alcibiade, dandy athénien homologué par Baudelaire. Au-delà de la mise vestimentaire impeccable de rigueur dans cette confrérie, c'est bien la dextérité mentale qui est le seul vrai théâtre des opérations.

A la différence de la vérité, la beauté a le bon goût de se passer de justifications. Ainsi l'esthétique prend-elle pour le dandy le relais d'une vieille éthique judéo-chrétienne ébranlée comme arbitre ultime des comportements. Contrairement à l'«excentrique», celui-ci respecte encore les codes sociaux dont il se joue. Qu'il meure aliéné dans un hôpital misérable comme le cérébral et sublime Brummell, ou se défonce en mocassins Paul Smith comme le chanteur Pete Doherty aujourd'hui, il a le plus souvent partie liée avec la chute et la mort. Un dandy qui finit bien ne saurait tout à fait en être un, souligne à raison Schiffer.

DR
Oscar Wilde
«J'ai, parfois dans ma vie, été bien malheureux, écrivait Barbey d'Aurevilly, mais je n'ai jamais quitté mes gants blancs.» Never explain, never complain, comme disent les Anglais. Le dandy s'expose et risque gros, mais ne comparaît jamais. Loin du débraillé démocratique et de la sincérité bonnasse érigée en valeur, il garde son impassible hauteur et maintient que le naturel est toujours la plus fausse pose qui soit.

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La Libellule 13/04/2012 08:19

Bonjour Daniel,
J'ai lu avec intérêt et émotion votre dernier article sur Grass et je me demande parfois jusqu'où le cynisme peut aller. Voyez-vous, comme toute personne qui cherche inlassablement (surtout pour
colmater ma colère contre ces juifs haineux de soi qui se trompent lamentablement) à prétendre qu’il n’existe pas de lien entre l’antisionisme et l’antisémitisme, je me heurte brutalement à cette
finesse intellectuelle sur laquelle l’antisémitisme se plaît à jongler. Car voyez-vous, la patrie juive est aujourd’hui délégitimée justement à cause de l’antisionisme… mais qu’est-ce au juste
l’antisionisme ? Que veut le sionisme sinon sécuriser un peuple qui en a marre de fuir, qui perd son identité par crainte de discrimination, voire de se retrouver comme par le passé, traqué, tué,
forcé à se convertir… Seigneur, il n’y a qu’une soixantaine d’années qui nous séparent de l’anéantissement presque intégral de toute la nation juive… Alors pourquoi dénigrer le sionisme qui n’a
cherché et ne cherche qu’à offrir un refuge à ce peuple à jamais poursuivi, à jamais haï ?
Je vais vous le dire, parce que cela ne convient plus à ce monde qui cherche toute espèce de tremplin pour mater le juif… le propulser dans les confins de la peur, de l’esseulement, de la perte de
tout ce qui reste de juif en lui.
Le monde contemporain n’a guère changé… il reste ce même pot pourri qui frôle la veulerie…
Et qui d’après vous sont les palestiniens sinon que des hordes venant des pays arabes avoisinants qui se sont emparés d’un lopin de terre bourbeux et infesté oublié par les peuples du monde… Il a
fallu que les juifs reviennent le réclamer pour que ces imposteurs se parent soudain d’une nationalité fantoche qu’ils ont créé simplement pour nuire à ce peuple qui se cherche et se
restructure…
Allons Daniel, il faut admettre que l’antisionisme n’est qu’un autre masque de l’antisémitisme et Grass est et reste ce soldat de la Waffen SS.
Hag Sameach, cher frère

Mohamed Chaari 19/09/2010 23:47


Merci pour votre engagement dans l'affaire de Madame Sakineh. Merci pour votre combat contre la lapidation et autres atrocités. L'engagement socio-politique pour le progrès de l'humanité entière
est la fonction essentielle des intellectuels en général, et des philosophes en particulier.